samedi 15 décembre 2007

Le nouveau cinéma égyptien salué au festival de Marrakech

Le festival international du film de Marrakech a fêté les cent ans du cinéma égyptien, le plus prolifique et le plus ancien du monde arabe, et il a placé à l'honneur sa nouvelle vague, incarnée notamment par le film "L'immeuble Yacoubian" de Marwan Hamed.

"La nouvelle tendance aujourd'hui en Egypte c'est de faire des films abordant des sujets sérieux mais de manière sarcastique et c'est très important", a déclaré à l'AFP la star égyptienne Yousra.

"Dans mon pays, il y a aujourd'hui plus de liberté, plus de démocratie pour parler des sujets tabous. J'ai ainsi pu jouer dans un téléfilm sur le viol, qui a été diffusé durant le Ramadan: je pense que c'est le film le plus réussi de ma carrière", a-t-elle ajouté.

Le public a fait une ovation à la quarantaine d'artistes égyptiens venus au festival. Les organisateurs avait décidé cette année de rendre un hommage particulier à ce cinéma qui a marqué le public arabe pendant plus de 30 ans.

Après un long passage à vide, l'Egypte, depuis cinq ans, relance sa production. En 2006, 42 films sont sortis des studios du Caire et il y en aura 50 en 2007, a assuré Sayed Chakra, directeur général de la Chambre égyptienne du cinéma. En comparaison, l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, les Territoires palestiniens, la Jordanie, la Syrie, le Liban n'en ont produit au total que 32.

Près de 25 millions d'Egyptiens fréquentent 350 salles et 80% préfèrent les productions nationales contre 20% qui ont préféré en 2006 les 105 films étrangers projetés, a précisé à l'AFP M. Chakra.

Pour Wahid Hamed, scénariste de L'immeuble Yacoubian, "à côté du cinéma de divertissement qui doit continuer car la majorité du public l'adore, il y a aujourd'hui un cinéma d'auteur où les sujets complexes sont abordés à travers la réflexion et l'esthétique".

"C'est parce que ce cinema nouveau s'inspire de la société égyptienne qui a totalement changé en 30 ans", a-t-il expliqué.

Le premier film égyptien, un court métrage sur une mosquée du Caire, remonte à juin 1907. Depuis, l'Egypte a produit des milliers de films qui ont bercé l'imaginaire des Arabes: une quarantaine d'entre eux viennent d'être présentés à Marrakech.

"Dans les systèmes d'oppression et de despotisme dont souffre le monde arabe, nous voulons des histoires qui interpellent les élites", a déclaré pour sa part Khaled El Sawy, qui interprète dans L'immeube Yacoubian le rôle d'un homosexuel.

"On nous dit toujours qu'il faut faire rêver le public et ne pas montrer des choses négatives. C'est faux. Le public n'est pas composé de gens sans cervelle et il comprend beaucoup de choses", a-t-il insisté.

"Dans le monde arabe, 90% des films sont américains ou égyptiens, et dans certains pays comme la Syrie et la Palestine les films égyptiens dépassent même les films américains", assure fièrement M. Chakra.

En revanche, "il est navrant que la coopération et les échanges entre les pays arabes soient quasiment nuls actuellement", regrette Menem Richa, responsable du programme européen Medscreen, doté d'un budget de 1,8 million d'euros, et dont la vocation est de promouvoir les films arabes en Europe mais aussi dans le monde arabe.

Lors de son atelier à Marrakech, Euromed Audiovisuel a proposé "pour l'avenir un véritable mécanisme de réciprocité entre les différents pays". "Il faudrait réussir à assurer la promotion des films arabes dans les pays frères", souhaite Enrico Chiesa, l'un des responsables d'Euromed.

Le festival de Marrakech doit prendre fin samedi soir.

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