lundi 31 décembre 2007

Assassinat de Bhutto: vers un report des législatives au Pakistan

ISLAMABAD (AFP) - Le Pakistan va reporter d'au moins un mois ses élections législatives et provinciales prévues le 8 janvier en raison de l'assassinat, jeudi dans un attentat suicide, de la principale opposante, Benazir Bhutto, et des violences qu'il a déclenchées. Evénement

"C'est certain, elles seront repoussées d'au moins quatre semaines, sinon plus", a déclaré à l'AFP un haut responsable du gouvernement, sous couvert de l'anonymat.

"Il est absolument exclu que les élections soient maintenues au 8 janvier en raison des violences et émeutes dans tout le pays qui ont affecté directement (...) les préparatifs du scrutin", a confirmé à l'AFP l'un des ses collègues, invoquant la "destruction de plus de 40 bureaux" de la commission électorale.

Cette dernière "fera une annonce mardi matin", a déclaré à l'AFP son porte-parole, Kanwar Dilshad, sans dire de combien de semaines les élections seraient retardées.

De toute façon, le parti de l'ex-Premier ministre défunte a annoncé qu'il refusait un quelconque report, remettant toutefois sa décision finale à une réunion de son comité exécutif.

Dans l'entourage de la famille Bhutto, qui a repris dimanche les rênes du Parti du peuple pakistanais (PPP), on laissait cependant entendre qu'un délai "raisonnable" pourrait être accepté.

Le dirigeant du deuxième parti d'opposition, l'ex-Premier ministre Nawaz Sharif, a également rejeté l'idée d'un report, mais un membre de son mouvement a estimé qu'un "léger délai" serait "acceptable".

Les élections sont un enjeu de taille dans un pays au bord du chaos politique, fort de 160 millions d'habitants, seule puissance nucléaire connue du monde musulman et allié clé des Etats-Unis dans leur "guerre contre le terrorisme", et sur qui les yeux du monde sont braqués avec un mélange de compassion et d'inquiétude.

Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner se rendra d'ailleurs mardi au Pakistan à la demande du président Nicolas Sarkozy afin de "témoigner de (la) solidarité" de la France.

Après trois jours de deuil national, le comité exécutif du PPP a donc nommé Bilawal Zardari, 19 ans, fils de Mme Bhutto, à la présidence du parti, et son veuf, Asif Ali Zardari, coprésident.

Dimanche, il est vite apparu, au cours d'une conférence de presse, que le père détiendrait véritablement les commandes du PPP, au moins tant que son fils ne sera pas "mûr" pour la politique.

Asif Zardari a d'ailleurs annoncé lui-même que Bilawal Zardari s'appelait désormais "Bilawal Bhutto Zardari".

Le PPP, parti progressiste et "défenseur des pauvres", qui a été créé par un Bhutto, reste identifié à cette dynastie de richissimes propriétaires terriens du Sind, la grande province méridionale.

"Ma mère a toujours dit que la démocratie était la meilleure des vengeances", a timidement déclaré Bilawal, laissant à son père le soin de faire les annonces importantes.

Ce dernier a ainsi réclamé une commission d'enquête de l'ONU sur l'assassinat de sa femme, du même type que celle qui a travaillé sur celui de l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri.

Le gouvernement a accusé Al-Qaïda d'être le commanditaire du meurtre. Mais l'un de ses principaux bras armés au Pakistan, Baïtullah Mehsud, un chef de tribu du Nord-Ouest, a démenti avoir organisé l'attentat suicide qui, outre Mme Bhutto, a coûté la vie à 20 personnes.

Ces combattants islamistes, liés réellement ou non au réseau d'Oussama ben Laden, sont très présents dans les zones tribales pakistanaises, où Washington estime qu'Al-Qaïda et les talibans afghans ont reconstitué leurs forces.

Et la menace terroriste est réelle: plus de 800 personnes, un chiffre record dans l'histoire du pays, sont mortes cette année dans des attentats, pour la plupart des attentats suicide.

Mais dans l'esprit des partisans de Mme Bhutto, le doute persiste sur son assassinat. Ils accusent des éléments proches du camp Musharraf, dont des hauts responsables des services de renseignement, de l'avoir "tuée", au mieux en négligeant sa sécurité, au pire en orchestrant son élimination.

Enfin, après trois jours d'émeutes qui ont fait officiellement au moins 58 morts dans tout le pays, sans doute plus en réalité, la situation dans les rues des grandes villes, en particulier Karachi, fief du PPP, semblait s'être apaisée lundi. Les boutiques, stations-service et administrations, fermées trois jours durant par crainte des émeutiers, ont commencé à rouvrir leurs portes.

Mais l'indice de la Bourse de Karachi a plongé lundi de 4,7%, l'une des plus fortes chutes de son histoire.

Par Par Emmanuel GIROUD
AFP

vendredi 28 décembre 2007

Pakistan: Benazir Bhutto va être inhumée sous haute surveillance

KARACHI (AFP) — L'ex-Premier ministre Benazir Bhutto assassinée jeudi devait être inhumée vendredi après-midi dans son village du sud du Pakistan où les forces de l'ordre ont reçu l'ordre de tirer à vue pour prévenir les violences à deux semaines d'élections législatives incertaines.

Le réseau terroriste Al-Qaïda est "selon toute probabilité" derrière la mort de Benazir Bhutto dans un attentat-suicide, a indiqué vendredi le porte-parole du ministère pakistanais de l'Intérieur.

Dans ce pays en pleine crise politique, un maintien des élections législatives le 8 janvier conduirait à la "destruction" du Pakistan, a estimé Nawaz Sharif, l'ex-Premier ministre et principal opposant au lendemain de l'assassinat de Benazir Bhutto, l'autre leader de l'opposition.

Un responsable gouvernemental a toutefois indiqué que le gouvernement du Pakistan n'avait pas encore pris de décision concernant un éventuel report du scrutin.

Les troupes paramilitaires pakistanaises ont reçu vendredi l'ordre de tirer à vue à Karachi après une nuit d'émeutes sporadiques dans tout le pays qui ont fait pour l'heure au moins 11 morts dont un policier.

Quelque 16.000 hommes dans la province méridionale du Sind, dont 10.000 pour sa seule capitale, Karachi ont été déployés.

De nouvelles émeutes sporadiques ont éclaté vendredi pour la deuxième journée consécutive.

A Peshawar dans le nord-ouest du pays une foule en colère de sympathisants de Benazir Bhutto a incendié le bureau du parti soutenant le président Pervez Musharraf.

Des affrontements entre policiers et partisans de Mme Bhutto ont éclaté jeudi dans plusieurs villes du pays où des véhicules et des bâtiments ont été incendiés.

Un deuil national de trois jours a été décrété en hommage à celle qui fut, en 1988, la première femme à avoir dirigé un pays musulman.

La dépouille de l'ex-dirigeante est arrivée à l'aube dans la province méridionale du Sindh où sont prévues ses funérailles.

Mme Bhutto devait être inhumée dans le mausolée familial de Garhi Khuda Bakhsh, près de la ville de Larkana (sud).

L'attaque-suicide s'est produite à Rawalpindi, près d'Islamabad, à l'issue d'un meeting électoral de Benazir Bhutto, leader du Parti du peuple pakistanais (PPP) et chef de file de l'opposition au président Pervez Musharraf.

Selon des sources policières, le kamikaze a d'abord ouvert le feu, l'atteignant d'une balle au cou alors qu'elle saluait la foule depuis le toit ouvrant de sa voiture blindée, puis a déclenché la bombe qu'il portait.

Benazir Bhutto, 54 ans, est morte à l'hôpital. Au moins 20 autres personnes ont été tuées et 56 blessées, selon le ministre de l'Intérieur.

Sa mort a ravivé les craintes d'instabilité dans ce pays de 160 millions d'habitants doté de l'arme nucléaire, craintes qui ont provoqué un recul des marchés boursiers en Asie-Pacifique.

Les Etats-Unis pour lesquels Islamabad est un allié clé dans leur "guerre mondiale contre le terrorisme" se sont empressés d'assurer les Pakistanais de leur soutien tout en insistant pour que les élections législatives et provinciales aient bien lieu le 8 janvier.

Cet assassinat est le dernier d'une série record d'attentats suicide dans l'histoire du Pakistan, qui ont fait près de 800 morts en 2007.

Le plus meurtrier avait eu lieu le 18 octobre, quand deux kamikazes avaient tué 139 personnes dans un gigantesque défilé de sympathisants qui célébraient à Karachi le retour de Mme Bhutto après six années d'exil.

Benazir Bhutto avait réchappé à l'attaque mais les autorités avaient multiplié depuis les avertissements, assurant que des informations "précises" laissaient redouter que des terroristes islamistes ne tentent de la tuer.

Selon un courrier électronique dévoilé jeudi par les médias américains, Mme Bhutto avait accusé le président Musharraf de lui refuser une protection adéquate ces derniers mois.

Invoquant la menace terroriste islamiste, le général Musharraf avait instauré l'état d'urgence le 3 novembre. Après quelques jours de tergiversations, Benazir Bhutto avait mis un terme à ses négociations avec le chef de l'Etat dans la perspective des élections du 8 janvier.

Face à la pression de la communauté internationale et de l'opposition, le général Musharraf, réélu pour un second mandat le 6 octobre par les assemblées sortantes, avait levé l'état d'urgence le 15 décembre.

Benazir Butto menait aussi et surtout campagne contre les fondamentalistes musulmans, en promettant d'"éliminer la menace islamiste" du pays.

src :
http://afp.google.com/article/ALeqM5g5kHpU4PAUnJI_IdRSCySTjoRCQw

samedi 15 décembre 2007

Le nouveau cinéma égyptien salué au festival de Marrakech

Le festival international du film de Marrakech a fêté les cent ans du cinéma égyptien, le plus prolifique et le plus ancien du monde arabe, et il a placé à l'honneur sa nouvelle vague, incarnée notamment par le film "L'immeuble Yacoubian" de Marwan Hamed.

"La nouvelle tendance aujourd'hui en Egypte c'est de faire des films abordant des sujets sérieux mais de manière sarcastique et c'est très important", a déclaré à l'AFP la star égyptienne Yousra.

"Dans mon pays, il y a aujourd'hui plus de liberté, plus de démocratie pour parler des sujets tabous. J'ai ainsi pu jouer dans un téléfilm sur le viol, qui a été diffusé durant le Ramadan: je pense que c'est le film le plus réussi de ma carrière", a-t-elle ajouté.

Le public a fait une ovation à la quarantaine d'artistes égyptiens venus au festival. Les organisateurs avait décidé cette année de rendre un hommage particulier à ce cinéma qui a marqué le public arabe pendant plus de 30 ans.

Après un long passage à vide, l'Egypte, depuis cinq ans, relance sa production. En 2006, 42 films sont sortis des studios du Caire et il y en aura 50 en 2007, a assuré Sayed Chakra, directeur général de la Chambre égyptienne du cinéma. En comparaison, l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, les Territoires palestiniens, la Jordanie, la Syrie, le Liban n'en ont produit au total que 32.

Près de 25 millions d'Egyptiens fréquentent 350 salles et 80% préfèrent les productions nationales contre 20% qui ont préféré en 2006 les 105 films étrangers projetés, a précisé à l'AFP M. Chakra.

Pour Wahid Hamed, scénariste de L'immeuble Yacoubian, "à côté du cinéma de divertissement qui doit continuer car la majorité du public l'adore, il y a aujourd'hui un cinéma d'auteur où les sujets complexes sont abordés à travers la réflexion et l'esthétique".

"C'est parce que ce cinema nouveau s'inspire de la société égyptienne qui a totalement changé en 30 ans", a-t-il expliqué.

Le premier film égyptien, un court métrage sur une mosquée du Caire, remonte à juin 1907. Depuis, l'Egypte a produit des milliers de films qui ont bercé l'imaginaire des Arabes: une quarantaine d'entre eux viennent d'être présentés à Marrakech.

"Dans les systèmes d'oppression et de despotisme dont souffre le monde arabe, nous voulons des histoires qui interpellent les élites", a déclaré pour sa part Khaled El Sawy, qui interprète dans L'immeube Yacoubian le rôle d'un homosexuel.

"On nous dit toujours qu'il faut faire rêver le public et ne pas montrer des choses négatives. C'est faux. Le public n'est pas composé de gens sans cervelle et il comprend beaucoup de choses", a-t-il insisté.

"Dans le monde arabe, 90% des films sont américains ou égyptiens, et dans certains pays comme la Syrie et la Palestine les films égyptiens dépassent même les films américains", assure fièrement M. Chakra.

En revanche, "il est navrant que la coopération et les échanges entre les pays arabes soient quasiment nuls actuellement", regrette Menem Richa, responsable du programme européen Medscreen, doté d'un budget de 1,8 million d'euros, et dont la vocation est de promouvoir les films arabes en Europe mais aussi dans le monde arabe.

Lors de son atelier à Marrakech, Euromed Audiovisuel a proposé "pour l'avenir un véritable mécanisme de réciprocité entre les différents pays". "Il faudrait réussir à assurer la promotion des films arabes dans les pays frères", souhaite Enrico Chiesa, l'un des responsables d'Euromed.

Le festival de Marrakech doit prendre fin samedi soir.